Le décor

Small Town Boys

Jules Lagrange

C’est la première fois que j’écris le texte d’une de mes expositions. Cela ne fait pas sérieux. Pour faire bien, j’aurais dû demander à un ou une critique d’art avec un nom, d’écrire à ma place, ou alors parler de moi à la troisième personne. Mais voilà, là je me suis dit que pour une fois que l’on me laissait la parole, j’allais la prendre. C’est quand même un peu ridicule. Il s’agit de mon travail, et je ne serai pas légitime pour en parler ? Et puis j’aime bien utiliser la première personne, cela me fait penser à mon amie Liza Maignan, à qui j’aurai pu d’ailleurs demandé d’écrire ce texte. Liza part de son histoire personnelle pour écrire sur les artistes et je trouve ça super, cela humanise la relation aux oeuvres.
Dans cette exposition, dont j’expliquerai le titre et la genèse dans quelques lignes, il sera principalement question de marionnettes. Depuis que je fabrique de l’art, j’ai pas mal de problèmes et de doutes. Un de ces problèmes, c’est que l’art contemporain s’adresse principalement à la bourgeoisie et sert les intérêts des riches et des puissants. Je me suis beaucoup tu aux Beaux Arts de Lyon, depuis ma provenance sociale (j’ai grandi à la campagne dans un milieu agricole), jusqu’à mon désintérêt pour une partie de ce qu’on m’apprenait, je n’avais pas la légitimité avec moi.
C’est par la découverte de la menuiserie préindustrielle et des arts populaires (même si je n’aime pas beaucoup ce terme) que j’ai pu continuer à faire de l’art. Et c’est en voulant m’inscrire dans cette histoire de l’art non officielle que j’ai commencé à fabriquer des marionnettes notamment.


Le projet que je présente à La Tôlerie se joue en deux temps. Une première partie dans laquelle je présente un ensemble d’une dizaine de marionnettes à fil en bois suspendues dans l’espace. Il s’agit d’une exposition de sculptures.
C’est un geste assez radical que de montrer une dizaine de marionnettes de 50 cm dans un si grand espace, mais je crois que ça sera beau. Et je suis content d’avoir résisté à la peur de vouloir remplir l’espace. J’ai pensé à Michael E. Smith, un sculpteur américain que j’aime bien et qui est assez virtuose dans cet exercice.
Au fond de l’espace, il y aura aussi une scène mobile en bois, recouverte de rideau de velours bleu. Cette scène appelle à la seconde partie de ce projet, un spectacle mettant en scène les marionnettes de l’exposition.


Ces marionnettes représentent toutes des modèles de la masculinité avec laquelle j’ai grandi. Ce sont des assassins pour la plupart, des combattants, des hommes violents, musclés qui n’ont pas peur de la bagarre et de la mort.
En fait, tout ce projet découle d’un dessin que j’ai fait à l’école maternelle et dont je me souviens encore. Un autoportrait. La consigne était de se représenter plus tard adulte. Je devais avoir 5 ou 6 ans et voilà mon adulte idéal : un personnage bodybuildé, un croisement entre Rambo et une tortue ninja, armé jusqu’aux dents de mitraillettes, uzis et pistolets. Le seul truc un peu rigolo, c’est que je porte une paire de rollerblade, le top du cool dans les années 90. Mais bon, ce n’est pas vraiment drôle parce que cette éducation, cette valorisation de la violence, cette culture de la masculinité brise des vies.


Small Town Boys, le titre de l’exposition, fait référence à une chanson de Bronski beat que j’adore. C’est l’histoire d’un jeune homosexuel de la campagne qui, persécuté dans sa petite ville, décide de s’enfuir vers Londres. A l’inverse ici, pour moi, les Small Town Boys, ce sont les garçons avec lesquels j’ai grandi et qui sont restés. C’est aussi les hommes de ma famille.
Quand j’ai commencé à réfléchir à ce projet, j’avais cette image de Batman qui fait les courses avec son caddie au supermarché, ou qui boit des bières avec ses potes à la sortie du boulot devant un camion pizza. Pour moi, ces images montraient l’inadaptation et le grotesque de cette éducation à la vie quotidienne. J’ai du mal à comprendre d’où sort ce concept de virilité et pourquoi est ce qu’on l’entretient tant dans les classes populaires. Le capitalisme a besoin de soldats, de flics, de travailleurs de force dans les champs, en usine, dans le bâtiment, dans les travaux publics… Ce concours permanent, de qui est le plus fort, le plus rapide, cela fait de bons travailleurs productifs. Enfin, c’est ce que je me raconte, mais je ne suis pas sociologue. J’ai des sentiments très mélangés par rapport à ces hommes, de la colère souvent face à l’expression de leur violence, envers les minorités notamment, et en même temps, j’ai du mal à leur en vouloir pour toujours quand je vois le régime paternaliste, patriarcal et raciste qui gouverne en France.


Et puis, quoique j’en dise, j’ai un peu d’eux en moi, j’ai subi la même éducation. Moi aussi j’ai des réactions racistes, machistes même si je me surveille et que j’essaie d’être attentif aux autres. Et puis ces hommes, c’est un peu comme les personnages que j’ai représenté, j’ai de l’affection pour eux malgré tout. C’est toujours plus compliqué que l’on voudrait les relations humaines.


En tous cas, c’est cette valorisation de la virilité que je voulais interroger dans ce projet de marionnettes, en racontant des histoires basées sur ce que j’ai pu voir et entendre là où j’ai grandi. Des histoires un peu drôles, un peu grotesques tout autant qu’un peu tristes et un peu miséreuses.


Enfin pour conclure, j’aimerai remercier les ami.e.s et collègues qui m’ont aidé.e.s pour ce projet. Tout d’abord, mon ami d’enfance Benjamin Desoche, qui est venu m’aider à l’atelier, c’est lui qui a construit la totalité des contrôleurs qui servent à actionner les marionnettes, ainsi que la scène dans laquelle aura lieu le spectacle. Je voudrais également remercier Luce Marmier, Emile Barret et Jot Fau, mes ami.e.s de la brasserie Atlas, qui m’ont aidé soit pour assembler les marionnettes, soit pour réaliser les costumes, soit pour peindre les marionnettes. J’aimerai également remercier Signe Frederiksen pour son accompagnement et son soutien.


Et bien sûr, j’aimerai également remercier Marie L’Hours et Tom Castinel de La Tôlerie, pour leur confiance totale dans mes propositions et dans mon travail et pour leur soutien attentionné, je me suis senti important à leur côté et cela fait du bien. Merci.


Jules Lagrange

Le décor
Le cabaret

CABARET ANNULÉ

Run away, turn away, run away, turn away, run away
Run away, turn away, run away, turn away, run away
Run away, turn away, run away, turn away, run away
Run away, turn away, run away, turn away, run away

Cry, boy, cry, boy, cry
Cry, boy, cry, boy, cry
Cry, boy, cry, boy, cry
Cry, boy, cry, boy, cry
Cry, boy, cry, boy, cry
Cry, boy, cry, boy, cry

You leave in the morning with everything you own in a little black case

Smalltown Boy - Bronski Beat, 1984
https://www.youtube.com/watch?v=88sARuFu-tc

Le cabaret
Les coulisses

Carpaccio Cathedrale small tour!

Théréon, f pneumonia, Orcoeur et Trrrnctrn


Your worst friend

Fatma Belkis


Soirée Gris Fluo

Heimat, Geometries et Avventur

Les coulisses